L'économie du monde
est-elle à la dérive ? Nos petites économies sont-elles en perdition ? Touché sous la ligne de flottaison, le bateau bancaire est-il en train de sombrer ? Impossible de répondre. Nous ne pouvons
être que les spectateurs de grandes manœuvres qui nous dépassent, en lançant au gré des courants des bouteilles à la mer.
Pour ceux qui ont la chance d'avoir quelques capitaux placés, le premier réflexe matinal est d'ouvrir la page boursière de leur quotidien. Transpiration, sueurs froides et palpitations cardiaques
sont les premières manifestations matinales du syndrome du petit épargnant joueur.
Evidemment tout le monde sait que la bourse est tout, sauf l'école de la logique sécuritaire. Mais qu'importe, le miroir aux alouettes fonctionne toujours. L'appât du gain permet de s'endormir sur
de doux rêves paradisiaques.
Les cours du pétrole jouent au yo-yo sans logique acceptable; les règles de marché amplifient les positions spéculatives de ceux qui s'en sortiront toujours (ils ont le temps pour eux); le CAC 40
suit des courants mondiaux dignes du parcours mystérieux des siphonophores; l'effet subprime né chez l'Oncle Sam plonge la planète entière dans un triste margouillis et les hautes sphères
financières dans une aporie angoissante.
Jusqu'au jour où furent sauvés de la noyade Freddie et Fanny !
Vous savez ! Ce sont les deux grandes institutions américaines nées pour faciliter et garantir l'accession à la propriété du peuple américain. Hors des habitudes fédérales américaines, ce sauvetage
est un véritable miracle sur fond de milliards de dollars.
Alors que le reste du monde découvrait l'existence de Freddie et Fanny il y a seulement quelques jours, voilà qu'il apprend aussi qu'une partie de son bonheur dépendait de deux inconnus qui
voyageaient sans filet !
Freddie et Fanny auront donc la vie sauve ! C'est bien joli tout çà, mais le navire doit encore balancer quelques lests par dessus le bastingage ! Eh là, le Trésor américain vient de dire stop.
Laisser le marché et les professionnels régler le problème, telle est aujourd'hui sa devise.
Alors on vend, on brade ou on dépose le bilan. La banque Lehman Brothers (600 milliards de dollars d'actifs) vient d'être déclarée en cessation de paiements sous régime du Chapter 11, Merrill Lynch
est vendu à la casse, AIG le n°1 des assurances a perdu 90% de sa valeur en un an ....et toutes les places boursières transpirent. Les banques européennes qui avaient quelques intérêts vont y
perdre moins, mais gros aussi !
Décidément, ce n'est pas facile d'être sur un navire qui accepte n'importe quel passager. Mais au fait ! Y-a-t-il un capitaine à bord ?
Par Philippe Dermagne
Mardi 16 septembre 2008
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